Construire une table pour un jeu comme Star Wars Legion, ça peut vite devenir un gouffre financier : tapis imprimé premium, décors résine commerciaux, impressions 3D multicolores… Ou pas. Pour créer une table Star Wars Legion qui tient la route esthétiquement et qui fait le job en tournoi, il existe une voie beaucoup plus terre-à-terre, et franchement plus fun. Celle qu’a empruntée Léonard, alias Golgorack, vainqueur du concours de table du Championnat de France 2025, avec son « Campement Rebelle » : une table presque intégralement faite de matériaux récupérés. Polystyrène extrudé de chantier, papier toilette, marc de café, feuilles mortes. On l’a reçu pour qu’il détaille sa méthode, son outillage, ses techniques, et ce qu’il prépare pour la prochaine finale.
Pour un rappel des règles de terrain utilisées en tournoi (bloquant de ligne de vue, couvert lourd/léger, terrain difficile), direction le Hub Règles Star Wars Legion et sa section Terrain & Mesure.
Le Campement Rebelle : une table née en 2023, refondue pour le CF 2025
« La table qui va avec mes rebelles n’avait pas de nom. Maintenant c’est le Campement Rebelle. »
L’idée de départ était simple : un camp en forêt avec des rochers, pensé pour accompagner l’armée Rebelle de Golgorack. La première version date de fin décembre 2023, avant même la 2.6. Quand la seconde édition est sortie, la table a été améliorée pour s’adapter au format 2.6 : nouveaux blocs, nouvelle répartition, refonte du placement pour matcher la couverture recommandée en tournoi.
Le coût total, matériel compris ? Une plaque de polystyrène extrudé récupérée, quelques touillettes à café, et du papier toilette. Le seul achat assumé : du lichen de décoration chez Action pour simuler des fougères.

Le polystyrène extrudé et le fil chaud : la méthode de base
Première règle, cruciale : polystyrène extrudé, pas expansé. Le premier se découpe proprement, tient les détails, et résiste au ponçage. L’expansé s’effrite, accroche mal la peinture, et ne donne pas de finitions convaincantes.
La découpe se fait au fil chaud, sans règle, volontairement.
« On ne cherche pas à faire droit. Il n’y a pas de trucs bien carrés dans la nature. »
Le fil chaud est un outil particulier, mais la prise en main est rapide, d’autant plus quand on n’essaie pas d’être précis. Les chutes ne sont pas perdues : elles servent à fabriquer les barricades, les petits cailloux, les éléments de remplissage.
Sur certains blocs, Golgorack prévoit volontairement des plats pour pouvoir poser les figurines sans acrobatie, un réflexe gameplay qui fait toute la différence entre une table magnifique et une table jouable.

L’assemblage des blocs
Une fois les formes découpées, les blocs sont empilés à l’aide de cure-dents pour les maintenir en place pendant que la colle prend. Puis les joints sont recouverts d’enduit de rebouchage pour gommer les défauts et créer une transition naturelle entre les pièces.
Une deuxième passe au fil chaud harmonise l’ensemble. À ce stade, on a déjà la silhouette brute de la table, sans aucune texture ni peinture.
L’imperfection assumée
« Comme on cherche à faire de l’imperfection pour avoir un rendu naturel, on peut y aller franco. Sur un élément, j’ai mis un coup de lame par erreur, et je l’ai gardé : ça représente un endroit où la roche a cassé. Ça donne une belle fissure. »
Un état d’esprit qui change tout pour les débutants : les erreurs ne sont pas des ratés, elles participent au rendu final.
L’expérience de son grand-père maquettiste Meilleur Ouvrier de France a beaucoup aidé Golgorack. Mais l’approche reste accessible : on ne cherche pas le geste parfait, on cherche la texture crédible.


Des matériaux de récupération pour tout le reste
Le rendu « caillou »
Pour donner un aspect rocheux aux blocs de polystyrène :
- Boule de papier aluminium roulée et pressée partout sur la surface → aspérités et reliefs naturels
- Lame de cutter pour tracer les stries, les failles, les lignes de strates
- Sable fin collé à la colle à bois diluée → aspect granuleux
La terre et la végétation
Pour évoquer le sol forestier d’un camp rebelle :
- Feuilles mortes broyées + marc de café → texture de sol, fixée à la colle à bois
- Lichen de décoration (Action) → fougères et buissons

Les toiles de tente
Le détail qui fait toute la différence sur cette table : toutes les toiles de tente sont en papier toilette.
La technique : imbiber le PQ dans de la colle à bois diluée, puis le laisser figer dans la forme voulue. Les fibres du papier se solidifient sous l’effet de la colle. Une fois sec, la peinture et le vernis viennent renforcer encore la structure. Résultat : des toiles légères, drapées naturellement, robustes à l’usage.
Aucune n’a été percée depuis la création de la table, y compris après plusieurs tournois de transport. Le combo colle à bois + peinture + vernis transforme le PQ en un matériau étonnamment résistant.

Les quelques éléments imprimés et les particularités
Toute la table n’est pas en matériaux de récupération. Quelques éléments sont en impression 3D :
- Les deux générateurs et les barricades en caisse
- Le A-Wing écrasé (emprunté, pièce maîtresse visuelle)
- La tourelle de défense
Les sacs de sable autour des positions défensives sont en revanche un test maison : des boudins d’argile façonnés à la main. Quelques-uns se décollent avec l’usage, c’est l’un des rares points faibles identifiés par Golgorack.
Une particularité astucieuse sur la piste d’atterrissage du A-Wing : c’est du carton de calendrier recouvert d’un grillage très fin de type passoire. Une texture qui rappelle de la tôle industrielle pour un coût de zéro euro.
La peinture : une base, un jus, des touches
La mise en couleur se fait en trois passes successives :
- Base grise au pinceau, bien tartinée. Pas à la bombe : le polystyrène ne supporte pas la colle contenue dans les bombes aérosol, il se désagrège au contact.
- Jus très liquide qui redescend par capillarité dans les creux et les stries. Il crée automatiquement les ombres et les zones d’usure.
- Taches de jus colorés (verts, rouges, marrons) pour poser les irrégularités : mousses, lichen, traces d’humidité, salissures. On applique au hasard, on mouille, on laisse sécher.
Finition : un coup de vernis mat en bombe. À ce stade, la peinture forme une couche protectrice sur le polystyrène et le vernis tient sans attaquer la matière. Tous les décors sont vernissés, donc rien n’est fragile.

Comment passer de plusieurs blocs à une table jouable ?
C’est la question qui sépare une collection de décors d’une vraie table de tournoi.
« Au fur et à mesure que je faisais les blocs et que je les posais sur la table, je me rendais compte qu’il manquait un truc par ci, qu’il y avait un couloir de tir par là. Les blocs suivants venaient, par tâtonnement, compléter les trous. Il n’y a pas eu de schéma directeur. »
Une approche itérative et pragmatique : on pose, on regarde, on ajuste. Les lignes de tir se révèlent à mesure qu’on dispose les éléments. Certains couloirs se bouchent, d’autres s’ouvrent, et le terrain commence à respirer.
Une fois la disposition trouvée, elle ne bouge quasiment plus : c’est toujours le même schéma qui revient, avec parfois des variations centimétriques d’un tournoi à l’autre.
Une philosophie de design assumée
« Je sais que certaines tables privilégient le corps à corps, d’autres le tir, ça fait partie du jeu. Sinon on joue à 40k avec des carrés moches. »
Pas de fausse neutralité : Golgorack assume le fait que toutes les tables n’auront pas exactement la même densité de couvert lourd, ni le même équilibre portée/mêlée. C’est précisément ce qui fait l’intérêt du format Legion : les règles de terrain et de placement sont encadrées, mais la diversité des tables enrichit le méta.
Pour les détails sur ce qui constitue officiellement un terrain et comment il interagit avec les unités, voir l’article Définition terrain.
Transport et rangement : tout tient dans une boîte
L’argument qui fait souvent reculer les joueurs qui veulent se lancer dans la construction : le transport.
La bonne surprise : à l’exception du plus gros rocher, tous les décors de la table tiennent dans une boîte de 40×40×15 cm.
Inventaire : 9 gros éléments (formations rocheuses, tentes, tronc), 2 générateurs imprimés, 1 A-Wing, et une pile de petits éléments (tourelles, poste de tir, barricades rocheuses, sacs de sable).
Et maintenant ? La prochaine table, pour la finale du CF 2026
Un petit teasing pour terminer l’interview. Golgorack prépare déjà sa prochaine table, celle qu’il présentera pour la finale du Championnat de France suivante.
« Sans rien spoiler, c’est un défi. La table sera un plateau, et non pas un tapis. Et ça me pose des questions sur la facilité de transport et de rangement. J’en dis pas plus ! »
Autre piste évoquée, encore en réflexion : des jeux de lumière intégrés au décor, pour maximiser l’immersion. « Mais je n’ai pas envie d’avoir des risques de cramage des figurines de Tza, ouais, je préshote la finale. »
On découvrira le résultat le week-end de la finale du Championnat de France, les 17 et 18 octobre prochains.
Ce qu’il faut retenir pour créer une table Star Wars Legion économique
Tester sur de petits éléments d’abord
Commencez par les petits rochers et les buissons. Validez vos couleurs, vos matériaux, votre technique de peinture sur des pièces pas chères avant de passer à un gros bloc ou une tente complète. Ça évite les regrets.
Assumer l’imperfection
Le rendu naturel vient précisément des défauts, des fissures involontaires, des traces de cutter accidentelles. Il ne s’agit pas de fignoler, il s’agit de laisser vivre.
Harmoniser les teintes de l’ensemble
Plateau, éléments imposants, petits décors : tout doit partir de la même base chromatique. Si les verts ou les bruns ne matchent pas d’un élément à l’autre, l’œil le voit immédiatement et les décors ont l’air posés sur la table au lieu d’en faire partie.
Penser le gameplay dès le départ
Prévoyez des plats pour poser les figurines, respectez les ratios de couverture tournoi (25-35 %), mixez bloquants de ligne de vue et terrains de zone. Une table magnifique mais injouable, ça ne sert à rien : c’est tout l’intérêt d’une méthode comme celle de Golgorack, qui pense toujours beauté et jouabilité en même temps.
Récupérer avant d’acheter
Polystyrène extrudé de chantier, papier toilette, marc de café, branches ramassées, boules d’alu, feuilles mortes, carton de calendrier : l’immense majorité du matériel se récupère gratuitement. Les seuls postes de dépense réels sont la peinture, la colle à bois, le vernis, et quelques éléments de finition type lichen.
Merci à Golgorack pour le temps accordé, la méthode détaillée, et la générosité du partage. Rendez-vous les 17 et 18 octobre pour découvrir la table du prochain Championnat de France.